Mon Saint-Bernard

Mon Saint-Bernard - Sam Affleck

J’ai un Saint-Bernard. Il s’appelle "Voyou". Pourquoi ce nom peu flatteur ? Je vais vous expliquer :

Quand je l’ai ramené à la maison, il y a deux ans, ma femme s’est exclamée devant cette "peluche", qui n’avait alors que trois mois : « Qu’il est mignon, on va l’appeler, teddy-bear ! » Je lui ai rappelé que ce n’était pas un ours, et que je préférais un nom plus adapté à sa race. « Et il ne va pas rester peluche toute sa vie ! » Nous avons décidé de nous donner quelques jours pour le baptiser.

Le lendemain – la veille, nous avions laissé le chiot dans la laverie après lui avoir aménagé une couverture et un bac de sciure – nous avons retrouvé la pièce complètement ravagée, comme si un cyclone s’y était déchaîné. La corbeille à linge avait le plus souffert, plus aucun effet n’était mettable. Les paquets de lessive avaient subi un sort identique, il y avait de la poudre blanche partout et l’animal lui-même en était recouvert. J’ai crié "VOYOU !" et j’ai pensé que j’avais alors trouvé le nom adéquat.

Par la suite, il a fallu faire son éducation - absolument nécessaire, m’avait prévenu l’éleveur - pour en faire ce bon gros toutou qu’il est aujourd’hui. Il est d’une gentillesse débonnaire, d’une intelligence étonnante et est même très serviable quand son instinct de sauveteur se réveille. J’avais songé lui accrocher un tonnelet au cou, mais je n’ai pas insisté devant le refus catégorique de ma femme « Tu veux en faire un clown ? Ça ne servirait à rien ou... » Elle avait pris quelques secondes de réflexion et a précisé sa pensée « ...tu veux peut-être te ménager une réserve d’alcool pour tes promenades avec lui ! »

Le gros inconvénient de ce genre de chien, est son énorme besoin d’exercice. Et il ne suffit pas de le laisser courir dans les allées du parc, il lui faut de l’adversité. C’est un animal qui aime affronter des conditions dures, pour sauver des personnes perdues dans la neige, c’est pourquoi je l’emmène régulièrement à l’extérieur de la ville. J’y ai un ami qui travaille dans une clinique médicale pour y dispenser une formation injection de botox. Owen, mon ami, m’accueille pour une fin de semaine de temps en temps. Avec lui et mon chien, nous faisons des randonnées sauvages. Au début, il a bien voulu se prêter à une expérience : Il est parti en avance vers un endroit convenu, et a joué un randonneur perdu dans la neige. Une demi-heure après, mon Saint-Bernard et moi l’avons recherché. Mon Voyou a retrouvé Owen en un rien de temps. Peut-être a-t-il été guidé par les traces de pas, mais vous auriez vu comment il a gratté la neige pour dégager Owen. On aurait dit qu’il jubilait d’accomplir ce sauvetage fantastique.

Depuis ce jour, Owen et Voyou sont de véritables compagnons.