Un pari à l’anglaise

Un pari à l’anglaise - Sam Affleck

Il n’y a pas que les Anglais qui parient sur tout et n’importe quoi. Lors de retrouvailles avec des membres de la famille qu’on n’a pas vus depuis des mois ou des années, on devient systématiquement de grands enfants. Très vite, les formules protocolaires comme « comment vas-tu ? » laissent place à des moments d’insouciance, à des folies même. Et quand on se retrouve en famille, on va dans un endroit où l’on a passé une grande partie de notre enfance.

Le petit canard de la famille

Mais la dernière fois, c’était un peu particulier. Mon jeune frère, qui travaille dans la construction de mur de blocs Montréal, nous annonçait brusquement qu’il s’était initié à la magie blanche. Je lui ai dit : « Arrête, ne plaisante pas avec ça ! » Mais il m’a rétorqué d’un ton grave : « Ça n’a rien d’une blague. Je suis sincèrement convaincu que la force de la magie blanche protège ma famille, et nous aide à affronter notre destinée. » Je me disais à ce moment-là que mon frère avait perdu la tête. Ou peut-être voulait-il jouer les trouble-fêtes ? Difficile de savoir ce qu’il avait en tête. Même Sherlock Holmes ou Patrick Jane ne pourraient lire dans les pensées complexes de mon frère. Ma sœur se doutait d’une farce. Mais laquelle ? On a discuté et émit nos hypothèses. Je me suis alors exclamé : « Et si on pariait dessus ? »

Une surprise pas si surprenante

Pendant la soirée, je voyais que malgré l’annonce de mon frère, tout le monde était à l’aise. Je présumais que l’hypothèse (la mienne) du trouble-fête n’était pas plausible. Ma sœur pariait plutôt sur le fait que notre frère faisait son intéressant. En clair, il aurait décidé de faire une annonce choc pour sidérer toute la famille. Ma sœur croyait d’ailleurs que notre frère s’attendait à ce qu’on parie sur la véracité de ses dires. Elle avait raison, mais ne s’attendait pas à un coup de théâtre. Étant tous sidérés par l’annonce, on avait commencé par débattre pour savoir s’il était vraiment ivre, ou s’il jouait la comédie. Deux heures plus tard, on avait tous les poches vides, aucun problème avec les paris faits. Nos portefeuilles et nos clés réapparaissaient miraculeusement, réunis sur la table à manger. J’ai lancé à mon frère : « Tu aurais pu juste nous parler de ton talent d’illusionniste ! » Mais bon, les tours d’illusionnisme, on n’en parle pas : on en fait la démonstration.