Un pas, un très grand pas

Un pas, un très grand pas - Sam Affleck

Cela fait plus de quinze ans que je n’ai plus parlé à mon père. Une période qui m’a semblé très longue ces derniers temps, car il me manque profondément. La raison, c’est que quelque temps avant mon mariage, nous nous sommes disputés gravement sur mon choix de compagne. En effet, il appréciait beaucoup mon ancienne copine, car c’était la fille d’un de ses collègues. Ma femme, pour sa part, était une fille simple qui ne vient même pas de la ville, et qu’il détestait avec ses façons trop simples et trop « rurales ». Et qui plus est, elle avait une petite tache brune sur la peau du visage qui n’arrangeait pas les choses. D’après lui, étant un enfant de bonne famille, je ne devais côtoyer que des enfants de mon statut social. Cette idée m’a déplu, m’a profondément déçu, et rancunier comme je suis, je n’ai pas pu lui pardonner de ne pas avoir assisté à mon mariage. Cependant, comme je vois souvent ma mère, cette dernière me dit à chaque fois que mon père se languissait de mon absence. Son fils lui manquait et qu’il regrettait son initiative. Mais moi, trop insouciant et trop figé dans mes ressentiments, je ne voulais rien entendre, pour moi, il n’a pas accepté ma relation avec la femme que j’aime, c’est tout ! Mais en ce moment, j’ai beaucoup plus de remords. Ces conseils me manquent tellement que des fois, je n’ai aucun repère en tant que père. Pourtant, ses conseils et ses critiques m’auraient été bénéfiques surtout que mes enfants sont presque tous dans l’âge difficile à gérer de l’adolescence. De plus, malgré que mon père n’ait pas apprécié ma femme, cette dernière me pousse à aller le voir et aller discuter avec lui. Tout au moins pour qu’il connaisse ses petits-enfants. Mais bon, je faisais toujours le sourd d’oreille et je me réservais et me refoulais sur moi-même. En ce moment, j’ai envie de faire le pas, le grand pas même. Je sais que j’ai besoin de lui et qu’il manque trop à ma vie. Je veux faire le pas et je le ferai. Pas seulement parce qu’il me manque, mais également parce que c’est mon devoir en tant que fils et enfant unique. Je ne peux pas me permettre de le rendre malheureux. Ce serait immoral. Du coup, ce matin même, je l’ai appelé. Une action qui ne s’est pas faite sans un sentiment d’appréhension des deux côtés, mais une action qu’il fallait faire. À la fin de l’appel, j’ai senti qu’il avait les larmes aux yeux tout en disant qu’il nous attendait, ma femme, les enfants et moi, pour souper à la maison ce weekend.